Vers une transition à la biomasse de la centrale électrique de Cordemais

La centrale de Cordemais | EDF

La Députée LREM de la troisième circonscription de Loire-Atlantique, Anne-France Brunet, organisait le 21 juin 2018 un débat public labellisé par la Commission Nationale du Débat Public dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie, sur le thème de la transition énergétique de la centrale de Cordemais par la biomasse et réunissait à l’hippodrome de Cordemais plus d’une centaine d’acteurs et de citoyens du territoire. Les échanges se sont structurés autour de trois thématiques : le bois-énergie et la combustion, la méthanisation et le financement de projets.

 La PPE constitue un outil stratégique majeur en France. Elle aura à répondre à la fois aux engagements nationaux et internationaux sur le climat, à défendre la préservation de l’environnement mais aussi à garantir l’approvisionnement et la maîtrise des coûts de l’énergie. Elle engage le pays dans une direction irréversible, la responsabilité de sa réussite nous incombe.

Vice-Présidente du groupe d’étude énergies vertes à l’Assemblée Nationale et membre du Conseil Supérieur de l’énergie, Anne-France Brunet a fait de la transition énergétique l’un des piliers de son engagement. Elle a notamment soutenu l’engagement du Président de la République d’arrêter l’utilisation du charbon dans les centrales thermiques françaises avant la fin du quinquénat. Elle est parallèlement élue dans une circonscription sur laquelle est implantée la centrale thermique de Cordemais, la plus importante centrale à flamme de France avec 1200 MWé et l’une des quatre centrales françaises à encore consommer du charbon.

Premièrement sur la question de l’emploi, si l’arrêt du charbon peut conduire à des suppressions de postes, la transition peut aussi en créer beaucoup plus : l’ADEME estime à 800 000 le nombre d’emplois créés à l’horizon 2050 par la mise en oeuvre de la transition énergétique. Donc le raisonnement de la Députée, qui est aussi comptable de la politique gouvernementale auprès de ses administrés, est de militer pour une reconversion des emplois de la centrale de Cordemais au travers d’une reconversion de la centrale elle-même, comme cela s’est pratiqué avec succès à la centrale Provence 4 à Gardanne. Il est bien entendu que ces projets dits de transition ne sont pas fait pour durer mais qu’ils sont là pour faire la jonction de production, le temps que la production d’électricité renouvelable se mette en place sur le territoire, remplace les capacités de productions actuelles et crée des centaines de milliers d’emplois, au lieu de contribuer à importer des énergies fossiles pourvoyeuses de dérèglement climatique et de déficit abyssal de la balance commerciale du pays (ce qui est aussi valable aussi pour la gaz naturel).

Débat public le 21 juin 2018 à Cordemais

Cependant, pour qu’un tel projet soit viable, durable et porteur d’emplois, il est nécessaire qu’une synergie de grande ampleur se mette en place sous l’égide d’EDF dans toute la filière biomasse-énergie pouvant être concernée par ce projet structurant (producteurs forestiers, acteurs du paysage et de l’environnement, recycleurs, producteurs de bois énergie, agriculteurs), comme cela a été mené par Uniper à Gardanne durant plusieurs années, ce qui a débouché sur un plan d’approvisionnement sur 20 ans, dimensionné en fonction des critères locaux.

Car ce qu’il ne faut pas perdre de vue sur un tel projet, c’est le volume et la faisabilité d’une mobilisation durable dans ce contexte. A Gardanne, ce sont près de 850 000 tonnes de bois mobilisées par an, avec de multiples qualités et de multiples origines, et consommées brutes sous forme broyée (plaquettes, déchets verts, bois de recyclage). Cette quantité y sert à produire 250 MW électriques avec l’une des deux chaudières de la centrale (Provence 4), aujourd’hui de 450 MW thermiques après avoir été déclassée de 40% par rapport à sa puissance d’origine au charbon. Pour la seconde chaudière de Gardanne (Provence 5), de 1500 MWth au charbon, l’avenir n’est pas encore connu.

Pour Cordamais, on parle de deux tranches de 600 MWé, donc de deux chaudières de 1500 MWth, qui une fois déclassées en bois brut feraient quand même 900 MW chacune. Et même si un projet de conversion ne s’appliquait que pour l’une des deux chaudières, le besoin en biomasse serait exactement du double de celui de Provence 4, soit 1,7 million de tonnes de bois par an.

Alors là, je vois tout de suite ceux qui ne connaissent pas l’industrie s’affoler de tels volumes ! En fait, cette quantité correspond simplement à la consommation d’une papeterie de taille moyenne et donc n’est en soit pas monstrueuse ; elle peut fort bien se gérer durablement et localement comme le font tous les jours les papeteries françaises et européennes. Et dans le cas d’une centrale d’énergie, la collecte d’une telle quantité est facilitée par rapport aux papeteries, car contrairement aux papeteries qui ont des besoins très précis en essences et qualités de bois, l’énergie n’a aucune d’exigence sur ces questions et peut donc tabler sur un panel de ressources beaucoup plus large.

Alors, pour alimenter un tel projet, la région des Pays de la Loire, mais aussi et surtout les régions françaises aux alentours, disposent de gisements de biomasse très importants presque partout sous-exploités : les petits bois et bois forestier de faible qualité (Voir www.dispo-boisenergie.fr), les déchets verts, les bois de recyclage et les combustibles solides de récupération (CSR).

Et parmi les écueils qu’il faudra surtout éviter dans ce type de projet, c’est de profiter de la facilité ! Et en bord de la mer la facilité c’est l’importation, or l’importation ne résout pas les questions de déficit de la balance commerciale et surtout elle ne garantit pas la durabilité de la biomasse exploitée loin des regards. Un projet incluant une part permanente d’importation ferait peser le même risque de rejet que celui de la bioraffinerie de la Mède avec l’huile de palme. Donc la solution est simple, 1,7 million de tonnes de bois, ou même le double, ça se trouve en France métropolitaine et c’est une logistique à l’échelle d’une grande partie du pays qu’il faudrait mettre en place, comme le font toutes les grandes papeteries européennes dont les rayons d’approvisionnement font rarement moins de 700 km pour le cercle le plus large, la majorité du bois étant acheminée depuis des cercles plus proches.

Dans les prochains mois, la Député propose de développer un programme de rencontres techniques pour appréhender l’ensemble de la filière, celui-ci devant aboutir à l’organisation d’assises de la biomasse qui permettront de faire un point sur les options pour la transition de Cordemais.

Retrouvez l’article original de Frédéric Douard sur le site de Bioénergie International.

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