Tribune : Remettre l’hydrogène au cœur de la transition énergétique

A l’aune des discussions qui se tiendront au Parlement sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie et sur le projet de loi « énergie-climat », un sujet a malheureusement été écarté : l’hydrogène.

Avec de nombreux usages possibles et une présence quasi-infinie dans l’univers qui nous entoure, l’hydrogène fait aujourd’hui partie des gaz qui, s’ils sont convenablement exploités, pourraient nous permettre d’entrer durablement dans la transition énergétique. Pourtant, la place qui lui est réservée par les pouvoirs publics reste mince, et nous devons tout mettre en œuvre pour développer une filière propre et ambitieuse.

Nous avons découvert les propriétés de l’hydrogène dès le XIXe siècle, et nous en avons tiré de multiples applications depuis, dans la chimie, le transport ou le domaine spatial. Pourtant, cette énergie peine à décoller, faute d’un financement ambitieux et d’une filière structurée.

L’hydrogène rencontre actuellement plusieurs difficultés. La première d’entre elle concerne sa production. A ce jour, 95% de l’hydrogène est fabriqué à partir d’énergie fossile. Le procédé le plus utilisé est le vaporeformage du gaz naturel par de la vapeur d’eau. Les atomes carbonés et de méthane sont dissociés et après deux réactions, se reforment pour donner du dihydrogène et du dioxyde de carbone. Citons également la fabrication à partir de la gazéification du charbon de bois, qui libère, entre autre, du monoxyde de carbone. Autant dire que la pollution engendrée est désastreuse.

Toutefois, des solutions commencent à émerger

Il existe, par exemple, un procédé « vert » de production d’hydrogène, obtenu à partir de l’électrolyse de l’eau. Le navire Energy Observer en est un admirable exemple. Ce bateau, dont la mission consiste à expérimenter sur le terrain et à grande échelle l’application de nouvelles énergies, fonctionne en partie grâce à un moteur à hydrogène auto-alimenté par un procédé d’électrolyse. Egalement propulsé par l’électricité issue de panneaux solaires et d’éoliennes, l’Energy Observer capte de l’eau marine qui, après désalinisation, permet au navire de poursuivre sa route.

La deuxième difficulté liée à l’hydrogène réside dans son déploiement. Si un conducteur cherche à recharger son véhicule à hydrogène en France, il ne pourra à ce stade le faire que dans une vingtaine de stations… Or, opérer son développement sur le territoire présente de nombreuses contraintes : un réseau comme celui utilisé pour le gaz naturel est extrêmement coûteux, quant au stockage en camion-citerne, il est à ce stade beaucoup plus volumineux que pour le pétrole, à quantité égale d’énergie.

C’est pourquoi nous devons déployer un maillage territorial intelligent, à l’instar du projet GRHYD, développé conjointement par Engie et la Communauté urbaine de Dunkerque. Avec cette expérimentation, ce territoire s’apprête à capter les surplus d’énergie issus des EnR, et à introduire jusqu’à 20% d’hydrogène dans le réseau de gaz naturel, lui permettant de réduire considérablement son impact environnemental. A terme, la ville de Dunkerque prévoit d’alimenter, grâce à GRHYD, les habitats, le tertiaire et la mobilité verte.

Enfin, il est une dernière difficulté qui tient au fait que l’hydrogène utilisé dans les véhicules particuliers est inabordable. Il faut compter près de 70 000 euros pour l’achat d’une voiture neuve. Pour cause, la pile à combustible présente dans le moteur contient une quantité substantielle de platine, un métal rare et très onéreux. Les recherches n’ont pas encore permis de trouver une alternative crédible, d’où une forte demande de financement en R&D.

A l’heure où les batteries électriques présentent des problèmes structurels, l’hydrogène offre des avantages certains et devra jouer un rôle clé dans notre transition énergétique

Les exemples d’usages vertueux sont d’ores et déjà une réalité ! Mais l’investissement des entreprises privées dans ce domaine n’est pas suffisant. C’est pourquoi nous devons nous engager dans une démarche résolument tournée vers cette technologie et reprendre les ambitions portées par Nicolas Hulot en juin 2018 lors du Plan Hydrogène. Avec la fin des véhicules thermiques à l’horizon 2040, il est urgent que nous soutenions l’innovation de rupture pour proposer, dès demain, une nouvelle façon de produire et distribuer l’hydrogène.

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