Billet d’humeur – Pour un allongement du congé paternité

A l’occasion du Grand débat national lancé par le Président de la République, différentes thématiques ont émergé, dont une qui m’est particulièrement chère : la question du rallongement du congé paternité.

Le congé paternité a été instauré en France le 1er janvier 2002, sous l’impulsion de Ségolène Royal alors ministre déléguée à la Famille, dans une société où jusqu’ici le rôle de l’homme était encore cantonné à celui du « bon père de famille ». Le deuxième parent allait ainsi pouvoir prendre part aux premiers instants de la vie de son enfant, tout en bénéficiant d’une compensation pour sa perte de revenu, une première en France.

Pourtant, je suis convaincue que nous devons faire davantage pour ce congé. Aujourd’hui, les jeunes pères bénéficient de 14 jours d’arrêt correspondant à 3 jours de congé de naissance et 11 jours de congé paternité. Rappelons que, pour leur part, les femmes salariées du secteur privé ont un repos d’une durée de 16 semaines pour leurs deux premiers enfants et de 26 semaines à partir du troisième. Le texte fixe, par ailleurs, une obligation d’arrêt pour ces femmes, qui doivent cesser de travailler au moins 8 semaines dont 6 après l’accouchement.

Partant, nous constatons une double inégalité entre les membres d’un même couple. D’un point de vue familial, tout d’abord, puisque l’arrivée d’un enfant nécessite l’attention des deux parents. Ensuite, d’un point de vue salarial. En effet, même s’il est regrettable que certains, dans leur recrutement, puissent agir ainsi, nous sommes encore confrontés, pour des postes égaux, à des discriminations femme-homme basées sur le fait qu’une candidate puisse être arrêtée plus longtemps dans sa carrière, compte-tenu de ses congés maternité.

Parmi nos homologues européens, la France fait figure de mauvaise élève. En Suède, par exemple, le congé paternité peut atteindre jusqu’à 480 jours ! En deuxième position, on retrouve l’Autriche avec 365 jours puis la Norvège et l’Espagne qui sont à 112 jours de congé. C’est pourquoi le Gouvernement s’est penché sur la question en septembre 2018. Marlène Schiappa s’est même prononcée en faveur d’un « renforcement » du congé paternité.

Un rapport a donc été commandé auprès de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Ce rapport indique, en introduction, que la plupart des pères prennent en France les 11 jours de congé (environ 7 sur 10), même si ce taux de recours est hétérogène en fonction des catégories socio-professionnelles. Afin d’améliorer le lien entre le père et l’enfant, d’amorcer un rééquilibrage du partage des tâches familiales et de soutenir l’égalité professionnelle, l’IGAS recommande un allongement raisonnable du congé de paternité à 4 semaines. D’après ce rapport, le surcoût d’une telle mesure pour la branche famille serait de 331 millions d’euros, pour un coût total estimé à 594 millions d’euros. Pour mieux articuler vie familiale et vie professionnelle, l’IGAS propose aussi une « Période d’accomplissement de paternité active », dont les conditions de mise en œuvres seraient renvoyées à la négociation collective.

Pour l’ensemble de ces raisons, je suis convaincue que nous devons allonger et rendre en partie obligatoire le congé paternité. Une telle mesure me semble indispensable, non seulement pour diminuer les discriminations professionnelles, mais aussi pour rééquilibrer la charge parentale dans l’éducation et l’accompagnement des enfants.

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