Le plan de relance : pour les hommes ou pour les femmes ? Plaidoyer pour un budget genré

Le plan de relance : pour les hommes ou pour les femmes ? Plaidoyer pour un budget genré

Prendre en compte les inégalités de genre dans l’élaboration et l’évaluation du budget, voilà les objectifs du budget genré. Alors que la France traverse une crise sanitaire et économique sans précédent, cet outil pourrait constituer une réponse pragmatique à l’enjeu sociétal et économique qu’est l’égalité entre les femmes et les hommes.

Dans les Pays de la Loire, les femmes représentent la moitié des actifs mais seulement 3 créateurs d’entreprises sur 10. Elles sont pourtant plus jeunes et nettement plus diplômées que les hommes mais elles connaissent plus de difficultés : moins de moyens pour démarrer, difficultés à établir des contacts avec la clientèle, etc. Au bout du compte, les entreprises créées par les femmes sont désavantagées – à qui la faute ? Alors que le Parlement s’apprête à voter le Plan de relance, c’est-à-dire 100Mds d’euros pour transformer notre économie, une question émerge :  cet investissement atteindra-t-il les femmes et les hommes de la même manière ?

Après le budget vert, le budget genré ?

Dans la mission Plan de relance du projet de loi de finances (PLF), aucun indicateur, aucune mention ne permet de mesurer son impact sur les inégalités femmes-hommes. Attention, cela ne veut pas dire que l’État n’y consacre pas de budget ! Bien au contraire, la mission budgétaire dédiée à l’égalité femme-homme représente 48,7M € dans le PLF pour 2021. Simplement, il y a d’un côté la politique d’égalité entre les femmes et les hommes et de l’autre… tout le reste ! A l’instar de la lutte contre le réchauffement climatique, la question de l’égalité femme-homme a du mal à être envisagée de façon transversale par Bercy. Ce dernier a pourtant mis au point cette année le « budget vert » qui permet de passer au scanner toutes les dépenses et les recettes de l’État au regard de nos objectifs environnementaux. Il s’agit d’une étape importante pour permettre une politique cohérente en matière environnementale. A quand un dispositif similaire pour le genre ?

Un outil qui progresse en France et en Europe

Ce n’est pas une proposition révolutionnaire – voilà plus de 20 ans que les organisations internationales promeuvent les budgets genrés. Ces derniers consistent à évaluer les budgets existants avec une perspective de genre à tous les niveaux du processus budgétaire dans le but de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes (Conseil de l’Europe, 2015). Dix-sept pays membres de l’OCDE l’avaient déjà mis en œuvre en 2017. En France aussi, cet outil gagne en visibilité : de nombreuses collectivités, à l’image de Lyon, ont annoncé la mise en place d’un budget genré local. Pourquoi ? Par exemple, une étude du CESE souligne qu’en Gironde, 75 % des budgets de loisirs des collectivités bénéficiaient de facto aux hommes. Ces disparités se retrouvent partout : dans l’agriculture, les femmes bénéficient moins des aides à l’installation que les hommes (Ministère de l’agriculture, 2020), en matière d’entreprenariat la moitié d’entre elles ne bénéficient d’aucun accompagnement (Ile-de-France, 2018), etc. Il est donc grand temps que l’Etat se dote d’un budget genré à son tour !

Les femmes au cœur de la crise

Alors que nous vivons une crise sanitaire et économique sans précédent, se lancer dans l’élaboration d’un budget genré peut sembler a priori secondaire. Pourtant, la crise du Covid-19 rappelle toutes les inégalités femmes-hommes qui pré-existaient. Caissières, femmes de ménages, infirmières, assistantes-maternelles… beaucoup de professions majoritairement féminisées sont en première ligne dans la gestion de l’épidémie. A la maison également, les inégalités entre les sexes ont été renforcées pendant le confinement (Sciences Po, 2020). La prise en compte du genre dans l’ensemble des politiques publiques est donc plus que jamais d’actualité. A l’heure de la relance, l’égalité homme-femme est un impératif.

Conjuguer la relance au féminin

Continuer d’ignorer les questions de genre serait socialement inacceptable, dans un pays qui a placé l’égalité au cœur du pacte républicain. Rappelons-le, en France, être une femme reste le premier facteur d’inégalités dans l’environnement professionnel (INSEE, 2019). Ce serait aussi économiquement absurde : nous ne pouvons espérer atteindre une économie compétitive en se passant de la moitié de la population, et donc des talents ! Le budget genré permettrait de déterminer concrètement comment les dépenses publiques affectent les inégalités femmes-hommes, et donc de les corriger. A titre d’exemple, la mise en place d’un budget genré en Islande a permis de constater que les femmes étaient défavorisées dans divers domaines (octroi de subventions agricoles, délai d’attente pour les examens d’imagerie cardiaque, disponibilité des places en maison de retraite) et surtout de corriger ces biais ! En attendant de disposer de cet outil précieux en France, il faudra veiller collectivement – élus, fonctionnaires, chefs d’entreprise, etc. – à ce que l’argent public bénéficient à tous de façon égale et transparente. Loin des mesures symboliques, le budget genré constitue une réponse pragmatique et efficace aux inégalités : il est donc urgent que les politiques s’en emparent !

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